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Nantes: Le quai de la Fosse : Mythe et réalité. Partie II

 

Quant aux équipages recrutés à Nantes, certains mettent leur point d'honneur à "manger" les trois mois d'avance qu'ils ont perçus ; les plus enragés vendent même l'équipement fourni : bottes, ciré et bleu de travail ! Ils ne montent à bord qu'à la dernière minute, souvent encadrés par des gendarmes qui les ont amenés en fiacre... et qu'ils invitent à "boire le dernier". Le commandant Aubin se souvient des ardoises qu'il fallait régler au pied levé, et qui étaient ensuite défalquées de la maigre paie. Quant aux "casseurs" scandinaves cités plus haut, leur capitaine, après avoir eu son navire consigné quarante-huit heures, devra payer les dégâts.

Certains équipages embarquent dans un tel état d'ébriété que l'on doit recruter quatre ou cinq hommes — les "grilleurs" — pour mener le navire jusqu'à Saint-Nazaire, le temps que les marins soient dégrisés...

L'histoire quotidienne du quai est assombrie par de nombreuses noyades. Comme dit la chanson, "Roulant de bâbord à tribord/Il finit par le fond du port/Son existence". Le milieu maritime paie un lourd tribut au fleuve. Ces drames interviennent le plus souvent la nuit, lors du retour vers le bateau, et les rapports de police soulignent fréquemment l'état d'ivresse des victimes.

Ainsi, en mars 1822, Emmanuel Durand, âgé de 28 ans, "homme de couleur, natif de la Martinique, journalier à bord du brick La Victoire, a été retrouvé noyé et cet événement malheureux paraît avoir été occasionné par l'état d'ivresse dans lequel cet individu était plongé". Pour la seule année 1824, on déplore quatorze noyés en Loire. La nuit du 28 février au 1er mars se révèle particulièrement tragique, avec la mort d'un marinier, "dans un état complet d'ivresse", qui se noie à 3 heures du matin en voulant remonter à son bord, et celle d'un capitaine au cabotage, commandant le chasse-marée Le Colin, âgé de 61 ans, dont la "submersion" est attribuée "à l'état d'ivresse au moment où il est tombé dans le fleuve".

Outre l'ébriété, le fait que nombre de marins ne savent pas nager, l'encombrement du port et le mauvais éclairage du quai contribuent aux noyades. Pour résoudre le problème de l'obscurité, la municipalité envisage en 1851 la construction d'un phare-horloge de quarante mètres de haut à la pointe occidentale de l'île Feydeau. Mais ce projet lumineux ne sera finalement pas réalisé ! De fréquentes bagarres animent la vie nocturne du port et encombrent les dossiers de po­lice. Ainsi, le 20 octobre 1824, une rixe éclate entre un officier et des marins à bord de la goélette Laëtitia, venant de Cayenne et amarrée aux Salorges. Le ton monte et un matelot est jeté à l'eau par l'officier. Il est heureusement sauvé par l'intervention de mariniers.

Le maintien de l'ordre est notamment assuré par les douaniers, les fameux "gabelous" ou "patachoux", du nom de leur patache à voile. Mais ce sont surtout les gendarmes maritimes qui croisent sur le quai et tentent d'y faire régner l'ordre et la loi. On les surnomme "brasse-carrés", à cause de leur bicorne aux allures de voile établie pour le vent arrière, dite "brassée carrée" dans le jargon matelot. Les marins, qui n'aiment pas trop les brasse-carrés, ont adopté la malicieuse habitude de leur jouer des tours pendables. Pour les navires en partance, la maréchaussée du quai est chargée de ramasser les retardataires qui ont un peu trop arrosé leur embarquement. Les plus récalcitrants, c'est-à-dire les plus éméchés, font parfois le coup de poing avec les représentants de l'ordre ; il faut leur passer les menottes après les avoir maîtrisés. Selon le commandant Aubin, dans l'entre-deux guerres, un capitaine versait aux gen­darmes quarante sous par retardataire, somme retenue sur la solde du marin oublieux de l'heure du départ.

 

La Fosse aux plaisirs : un quartier réservé

Les rues des Marins, des Trois-Matelots et d'Ancin, qui forment le quartier réservé, ne sont que les coulisses du port. Trois mauvaises ruelles, étroits boyaux qui vont s'étranglant en de maigres escaliers, au pied de la rue de l'Héronnière et du cours Cambronne, voilà le pauvre décor urbain où le "plaisir" est censé se tapir à l'abri des indiscrets. Sans doute, à l'instar de certains villages côtiers, les circonvolutions de cet urbanisme en coupe-gorge s'expliquent-elles aussi par le simple souci de s'abriter des vents trop rudes et des rafales de pluie qui s'engouffrent dans le lit du fleuve.

Selon l'enquête réalisée par le docteur Baré au milieu du XIXe siècle, on compte à Nantes trente et une maisons de tolérance. Une vingtaine d'entre elles sont situées dans le 5e arrondissement, qui s'étend du quai de la Fosse — surnommé "quai de la Fesse" dès le siècle dernier — au quartier Graslin. Ensuite, ce nombre diminue progressivement, pour descendre à quatorze dans les années 1930. C'est alors que s'établit un véritable quartier réservé dans les trois ruelles de la Fosse, qui à elles seules regroupent treize maisons. Ce lieu confiné représente l'idéal de la "clôture", chère aux réglementaristes. Sa concentration dans les venelles de la Fosse, théoriquement à l'abri du regard des enfants, des femmes, des filles honnêtes et de tous les gens respectables, permet d'exercer aisément le contrôle policier et sanitaire des pensionnaires des maisons closes. Parallèlement, l'amour vénal tend à devenir la seule activité du quartier chaud : pratiquement tous les immeubles lui sont consacrés.

"Les femmes et filles de mauvaise vie" sont les piliers du système de l'amour vénal jusqu'en 1946. Objet de tous les fantasmes, le plus souvent leur existence cache une grande misère sociale et affective. Les statistiques médicales et poli­cières partagent soigneusement cette population en deux catégories : les filles déclarées (ou inscrites), en maison ou isolées, et les clandestines. Au XIXe siècle, selon différentes sources, les chiffres varient entre 120 et 355 filles déclarées, la moyenne se situant autour de 250. Ces variations s'expliquent par l'approximation des critères retenus : il n'est pas sûr que les chiffres les plus faibles prennent toujours en compte les isolées. Les écarts proviennent aussi d'une forte augmenta­tion de la demande à l'occasion d'évé­nements particuliers, guerres, arrivées de navires...

En 1872, 212 filles passent régulièrement la visite. Pour une population nantaise de 111 956 habitants, cela représen­te — miracle des décimales et de la statistique ! — 18,9 prostituées pour dix mille habitants, rapport qui reste inférieur à ceux de Paris (23,2) et surtout de Bordeaux (31,2) et Marseille (34,1). C'est sans doute là un signe, parmi d'autres, du déclin du port de Nantes. A cette époque, le recrutement géographique des "filles publiques" est essentiellement local et régional : en 1860, 29 % viennent de Loire-Inférieure, 47 % des autres départements bretons.

Au XXe siècle, la baisse est sensible. En 1913, on ne compte plus que 70 filles en maison et 55 isolées — effectifs voisins de ceux de Brest (respectivement 59 et 78), mais loin de ceux de Marseille (100 et 800). Si les chiffres augmentent un peu avec la guerre 14-18, ils fondent de nouveau dans les années trente : en 1931, les "pensionnaires" recensées ne sont que 73, les isolées seulement une trentaine. Poursuite du déclin du port, crise économique, évolution des mœurs influent sans doute sur cette réduction des effectifs qui corrobore très logiquement celle du nombre des maisons.
L'origine géographique s'est, elle aussi, profondément modifiée. Au recensement de 1931, sur les 73 pensionnaires des treize maisons de la Fosse, six seulement sont nées dans le département et neuf dans le reste de la Bretagne. Le recrutement est devenu national, le tiers des prostituées venant désormais de l'agglomération parisienne. C'est encore plus vrai pour les tenancières : neuf sur treize sont nées à Paris ou dans sa banlieue. Cela correspond, sans dou­te, à l'existence d'un Milieu parisien qui a essaimé dans les grandes villes de province.


Tenues par leur dette

En 1930, le commissaire Lemoine détaille par le menu l'activité d'une maison de tolérance. Il s'appuie sur l'exemple d'un établissement — sans doute le Tabarin — abritant dix pensionnaires. Cette petite entreprise accueille 250 à 300 visiteurs par jour en semaine dans sa salle du bas, dont 80 montent à l'étage, soit une moyenne de huit passes par pensionnaire. Le samedi et le dimanche, c'est une véritable cohue : mile visiteurs chaque jour, dont 150 clients pour l'étage, ce qui porte la moyenne quinze passes par femme et fait de cette maison une véritable "taule d'abattage'

Ces passes sont l'objet d'une stricte comptabilité interne. Quand une fille monte avec un client, elle dépose un jeton dans une tirelire fermée à clef. l lendemain, la matrone, ou la sous-maîtresse, fait la répartition entre les pensionnaires et note le résultat sur le livre de comptes de la maison ; si elle essaie de les gruger sur le nombre de passes réalisées, elle est accusée de "faire sauter la passe".

Théoriquement, chaque fille garde la moitié de ses gains, auxquels s'ajoutent les éventuels "petits cadeaux" des clients — surnommés "les gants", le terme signifiant pourboire en ancien français. La moitié conservée par la matrone correspond au loyer de la chambre, au chauffage et à l'éclairage. En revanche, la pensionnaire doit payer sur ses gains sa nourriture et son entretien. C'est ainsi que s'installe la dépendance — souvent une véritable exploitation — entre les tenancières et leurs pensionnaires. La matrone factu­re les repas, mais aussi les dépenses auxquelles elle pousse ses pensionnaires : elle leur fournit, à des prix prohibitifs, vête­ments, bijoux, cosmétiques... C'est une parfaite mise en coupe réglée, les pensionnaires devenant ainsi débitrices de leur tenancière. La plupart des filles ne peuvent changer de maison que si leur nouvelle matrone rachète leur dette.

 

Les clients sentent la poudre et le sel

La clientèle des "bricks" est principalement constituée des matelots en escale et des soldats de la garnison, tous frustrés d'élans sensuels par de longs mois de mer ou de casernement.

Parfois pourtant, le gratin de la ville ne dédaigne pas de se mêler à la plèbe. Il adore d'ailleurs ça, le bourgeois : s'encanailler dans les maisons avec délectation. Ses fins de soirée s'en trouvent relevées d'un parfum vénéneux, ses ribouldingues y trouvent à exulter. "Un départ pour la caserne, écrit Henri Bouyer (La Fosse aux démons, 1976), une remise de décoration, un enterrement de vie de garçon, un congrès politique, corporatif ou patriotique, y trouvent leur conclusion, leur ultime cérémonial."

Quant aux marins, ils fréquentent les maisons quand ils sont en bordée, c'est-à-dire juste après la débarque et la paie, ou avant une nouvelle campagne, quand ils ont touché une avance. Les trois rues d'Ancin, des Trois-Matelots et des Marins sont comme délibérément situées sur le parcours entre "la "Marine" — le bureau de l'Inscription maritime, 6, rue Voltaire — et le bon quai de la Fosse où sont amarrés les navires. En sortant de la Marine qui vient de coucher leur nom sur le rôle d'équipage, les matelots ont les poches bien garnies de "roues de brouette", comme ils disent, de bien beaux louis d'or sonnants qui les font trébucher bien avant que le jour ne se soit levé.

Peu de ces pièces atteindront le quai : balisées par les enseignes aguichantes des maisons closes, les escales du quartier chaud se chargeront d'en délester les gaillards avant qu'ils ne reprennent le large. Comment y résister ? Ces marins des long-courriers ont passé tant de temps à fantasmer sur leurs futures bordées à tout casser, face aux déferlantes rugissantes, aux calmes oppressants, aux sirènes et au reste de l'équipage. Il est temps d'être à la hauteur.

Comme le rappelle le Nantais Louis Lacroix, lui-même capitaine au long cours, dans son livre L'âge d'or de la voile, les matelots, souvent célibataires, ne voyaient leur séjour à terre que "comme une fête continue entre deux embarquements, pendant laquelle ils devaient pouvoir dépenser sans compter, satisfaire tous leurs caprices et se payer toutes les fantaisies escomptées au cours de longues veilles".

 

Hôtesses et marchands d'hommes

Surtout, gardons-nous de confondre l'hôtesse avec la tenancière de bordel. Une confusion récente, qui s'explique peut-être par le fait que les modernes établissements nocturnes, où les femmes en service ont pour attribution de pousser les clients à boire des alcools aux tarifs surcotés, portent le nom de "bars à hôtesses". Rien à voir avec les hôtesses hébergeant avant-guerre les marins en escale.
Avant la fermeture des maisons closes, beaucoup de matelots logent ainsi chez des "hôtesses", en des auberges dédiées aux gens de mer, les fameuses "boarding houses" des Anglo-Saxons. Selon Louis Lacroix, ces pensions étaient "tenues souvent par des femmes de la côte, par­fois des payses, qui traitaient [les marins] comme des grands enfants et savaient leur parler le langage qui leur convenait en leur laissant mener, sous un contrôle discret et adroit, la vie de rêve éveillé qu'ils s'étaient promise".
"Chaque marin avait son hôtesse attitrée, poursuit l'auteur des Derniers grands voiliers. Sitôt son navire signalé, sa place était réservée. A peine débarqué, il était le roi de la maison et en était fier. Comme dit la chanson ; « Branle-bas chez son hôtesse/Bitte et bosse et largesse ! ». En général, l'hôtesse accompagnait le marin pour encaisser l'argent de la campagne, ce qu'il aurait été souvent incapable de faire lui-même, puis lui ouvrait un compte. Le dernier débarqué était toujours le plus près d'elle, et reculait d'un rang à chaque arrivée."

Les hôtesses veillent ainsi, amicalement ou de manière plus ou moins intéressée, sur le pécule des matelots. Il n'est pas rare qu'elles les dépouillent, joyeusement ou consciencieusement, d'abord des objets rapportés de leurs voyages — maquettes, damiers en bois, bateaux en bouteille, paquets de vétiver ou de patchouli, vanille et corail, nacre gravée au couteau ou à la pointe d'une aiguille de voilier... —, puis, au bout du compte, de leur pécule. La commère, qui a bien souvent partie liée avec les "marchands d'hommes" joue donc un double rôle de protectrice — substitut maternel d'une famille absente — et de logeuse patentée qui pousse à la consommation, encourage à dilapider les "avances" et hâte ainsi les embarquements, pour le plus grand bénéfice des "embaucheurs" de marins.

"Il fallait passer par les marchands d'hommes pour trouver un embarquement, précise encore le capitaine Lacroix. Certains d'entre eux eurent une certaine célébrité, comme, à Nantes, Bouvron et Le Roux le Manchot, qui fit une jolie fortune, ou encore, à Saint-Nazaire, Tartoué dit Cancrelat, qui devint armateur. Le tarif était de cinq francs pour les matelots, de dix francs pour les maîtres, cuisiniers, charpentiers, mécaniciens, etc. quel que fût le voyage. « Soit pour la Chine ou Buenos-Ayres/Il faut encore casquer cinq francs/Pour avoir un embarquement/ Sans cela pas moyen d'prendre de l'erre ».

"Quand il ne possédait pas lui-même un magasin d'habillement, le marchand d'hommes était intéressé chez un compère et le marin se voyait généralement obligé de prendre son équipement chez lui. Souvent, il payait plus cher qu'il n'aurait payé en ville à qualité égale, mais il avait tout sous la main et surtout tout ce qui concernait exactement son métier. Le marchandage n'allait pas sans petits verres ettout le monde y trouvait son compte. Puis le marchand d'hommes accompagnait le marin qui touchait alors deux ou trois mois d'avances, soit à cette époque cent soixante-dix francs environ. Une fois la dette du marchand de vêtements payée, le surplus des avances servait à régler le compte, généralement à découvert, de l'hôtesse. Ce qui restait étaitenvoyé à la famille, par les quelques rares hommes mariés, ou, pour les célibataires, servait à payerla dernière bordée avant le départ. Le marchand d'hommes donnait généralement comme escompte une paillasse de trois francs connue sous le nom de « trois vingt sous »."

 

La Maison du marin

Alors que, dans une clandestinité bien tapageuse, les marchands d'hommes exploitent ainsi les marins, alors que les réglementations touchant la prostitution se multiplient et que l'existence des maisons closes fait l'objet de débats passionnés, une ceuvre caritative développe discrètement son action en faveur des gens de mer : La Maison du marin. En 1898, un an après son ouverture au 69, quai de la Fosse, le premier rapport d'activité de cet établissement fixe clairement les buts poursuivis : "La Maison du marin est destinée à recevoir et nourrir les matelots du commerce attendant un embarquement. Elle a aussi pour but de préserver leur moralité contre les dangers qui les menacent de toutes parts ; elle s'efforce de leur procurer gratuitement des embarquements en les soustrayant à l'impôt que veulent prélever sur leurs bourses les intermédiaires ordinaires." Les responsables de la Maison du marin s'efforcent tout particulièrement d'aider les mousses à éviter les pièges de l'escale.

L'œuvre est financée par des souscriptions de particuliers et des subventions des ministères de la Marine et du Commerce ; elle perçoit aussi un prix de jour­née — modique, il est vrai : de 1,50 à 2 francs —, mais doit parfois en appeler à l'Inscription maritime pour tenter de se faire régler les ardoises laissées par les marins. Quoi qu'il en soit, ses comptes restent déficitaires et elle est bientôt amenée à demander aussi le soutien de la Chambre de commerce et des armateurs.

Institution caritative, elle milite bien en­tendu pour la défense de la morale, afin "d'enseigner aux marins l'économie et l'amour de la famille". La liste de ses membres — dont un comité de dames — évoque d'ailleurs davantage un armorial de la bonne société nantaise qu'une assemblée de logeurs. C'est au point que la presse en vient à fustiger "la discipline trop rigoureuse de la Maison". À quoi l'œuvre rétorquera "qu'elle n'a jamais pensé à faire de sa Maison un couvent" !

La Maison du marin déménage une première fois au 17, rue des Salorges, puis, en 1902, au 87, quai de la Fosse où l'œuvre a acheté un local. Enfin, dix ans plus tard, elle s'installe au 42, rue de la Hautière où elle a fait construire, avec l'aide de la mairie, un nouveau bâtiment assorti d'un bureau de placement annexe. Ainsi la Maison du marin peut-elle mener à bien sa double tâche d'hébergement et de recrutement. La protection du marin fonctionne efficacement... pour ceux qui le souhaitent.

La Seconde Guerre mondiale, et particulièrement les bombardements alliés de septembre 1943, causeront de multiples destructions sur le quai de la Fosse et dans le quartier réservé. Il faut cependant attendre la loi initiée par Marthe Richard en 1946 pour que les maisons closes soient définitivement supprimées. Mais bien avant cet événement ponctuel, la lente dérive des trafics vers l'aval, jusqu'à Donges, Montoir et Saint-Nazaire, avait déjà amorcé une relative désertification du fleuve et de ses abords. Cette désaffection a en outre été aggravée récemment par la fermeture des chantiers navals en 1985. Le quai de la Fosse n'est plus aujourd'hui qu'une banale voie de communication, même si beaucoup cherchent avec nostalgie le souvenir d'un passé salé dans les bistrots qui, tel le café des Caboteurs, évoquent encore très vaguement la mémoire d'une vie portuaire évanouie. •

Remerciements au Musée du Château à Nantes pour son ef­ficacité.
Bibliographie : Jean-Louis Bodinier et Jean Breteau : Nantes, un port pour mémoire, Ed. Apogée, 1994. André Péron : Nantes, ville de Far-West, Ed. Ressac, 1990. Sigot, Bloyet, Boisleve, Pa-jot, Manson : Nantes; les maisons closes, Ed. CMD, 1997. Georges Aubin : L'amour en matelote, France-Empire, 1970. Louis La­croix : Les derniers grands voiliers, Ed. Ouest-France. Marc Elder : La maison du pas périlleux, Ed. Ferenczi, 1924. Le quai de la Fos­se, à Nantes (illustrations de Creston), Ed. De Keltia, 1932. Hen­ry-Jacques : Cap Horn, Aux portes du large, 1947. Julien Gracq : La forme d'une ville, José Corti, 1985. Anthologie des chants de ma­rins, disques et cahiers, Ed. Le Chasse-Marée/Armen.

Chasse-marée n° 114 Mars 1998

 

 

 

 

 

 

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