BELGISCHE MARITIEME LIGA  vzw.
LIGUE MARITIME BELGE  asbl.

Koninklijke Vereniging - Société Royale

HISTORIEK  HISTORIQUE  HISTORIC

 

Le Passé maritime des Belges (partie I)


PAR CONSTANT VANDER MEER
Administrateur de la Ligue Maritime Belge.


ORIGINES.


Comme chacun le sait, c'est à la conquête romaine que commence vraiment notre Histoire nationale, nos lointains ancêtres n'ayant pas laissé d'inscriptions ; on sait cependant que les hommes paléolithiques qui occupaient nos régions à l'époque glaciaire, étaient dolychocéphales et à face large, comme les Esquimaux et les Lapons actuels. Lors du réchauf­fement du climat, le pays fut envahi par les Ligures néolithiques, brachycéphales, plus intelligents et sociaux, qui ont laissé les monuments mégalithiques ; ils furent à leur tour vaincus et refoulés par les Celtes du IXe au VIe siècle avant notre ère (âge du bronze), puis soumis au IVe siècle par les Belges, tribus celtiques qui poussèrent jusqu'à la Normandie et à la Bretagne.


PERIODE ROMAINE.


Jules César trouva notre littoral couvert de forêts et de marécages. Les Morins et les Ménapiens, qui y vivaient dans leurs huttes et leurs habitations lacustres, lui opposèrent une résistance acharnée et participèrent sans doute à la lutte navale des Vénètes, dont il eut bien de la peine à venir à bout ; il décrit à cette occasion leurs lourdes barques en chêne, construites pour l'échouage, voilées de cuir et munies d'ancres et de chaînes en fer forgé, chose très remarquable pour cette époque. Ces Belges, qui étaient d'intrépides navigateurs, faisaient de fréquentes traversées de la mer du Nord et avaient même colonisé, dès le IIe siècle avant J.-C., toute la côte sud de l'Angleterre, dont ils constituaient la popula­tion la plus civilisée et la plus courageuse —toujours aux dires de César — qui les trouva encore sur son chemin lorsqu'il voulut conquérir la Grande-Bretagne.

Au IIIe siècle, lors de l'invasion des Gaules par les Francs, auxquels s'étaient joints quelques Belges, le futur empereur romain Probus triompha dans sa campagne contre les envahisseurs, et les poursuivit jusqu'en Belgique et sur les bords du Rhin. Il fit un grand nombre de prisonniers belges et francs, dont il transporta un groupe près du Bosphore. Au bout de quelques mois, ils s'emparèrent d'une petite flotte romaine mal gardée dans le Pont Euxin. Par la mer de Marmara et les Dardanelles, ils se rendirent vers la Méditerranée, pillant les côtes de la Macédoine, de la Grèce, de même que les îles de l'Archipel, la Sicile et les côtes de la Tunisie, puis rentrèrent ensuite, par Gibraltar et l'Atlantique, dans le delta du Rhin et de la Meuse.

Les navires pris au Pont Euxin et en cours de route devinrent le noyau d'une flotte formidable se consacrant à la piraterie. L'empire, impuissant à la combattre, dut traiter avec elle, et gagna des chefs à sa cause en leur confiant de hautes dignités dans l'armée, la marine et même à la cour...

Parmi eux était le pilote Ménapien Marcus Aurelius Valerius Carausius, qui fut chargé par l'empereur Maximien Hercule de donner la chasse aux pirates saxons, et devint ainsi le chef de la flotte romaine de l'Atlantique. S'étant révolté contre Rome, il cingla avec ses équipages Morins, Ambivarites et Ménapiens vers l'Angleterre, où Probus avait relégué en son temps un grand nombre de captifs francs et belges, et où pas mal de Belges, fuyant le despotisme romain, étaient allés s'établir.

Le César Constance Chlore (le pâle) livra quatre batailles navales à Carausius, les perdit toutes les quatre et se vit obligé de le reconnaître comme empereur de l'Ile des Bretons (Angleterre) .

Carausius conquit aussi les bouches du Rhin occupées par les Bataves, et tint en échec la puissance romaine, jusqu'à ce qu'il fut assassiné par son premier ministre Alectus, en 293.


NOTE GÉOGRAPHIQUE.


Notre littoral, marécageux et dépourvu de sable, s'étendait encore à cette époque à 15 ou 20 kilomètres au large de la côte actuelle, dont le recul ne s'est plus arrêté jusqu'à nos jours ; de nombreux villages établis sur cette plaine en pente douce furent envahis les uns après les autres par les grandes marées de tempêtes, et détruits par les vagues.

L'Escaut coulait alors vers le Nord pour se jeter dans le large estuaire de la Meuse, par le cours actuellement très ensablé de l'Eendracht ; ce sont encore de grandes inondations marines qui, au IVe siècle, ont capturé l'Escaut et formé son delta Zélandais, encombré de bancs et d'îles aux contours mouvants.

Un autre phénomène pourtant se manifesta vers le VIIIe et le IXe siècles : la mer se mit à déposer du sable sur le fond d'argile, les nombreuses pointes terrestres s'avançant en mer furent ainsi peu à peu rectifiées sur la plus grande partie du rivage où, peu à peu, le vent éleva des dunes ; çà et là, des criques laissaient encore, à chaque marée, entrer le flot et sortir le jusant, de sorte que les eaux marines pénétraient au loin dans l'intérieur.

Certaines terres, inondées seulement aux grandes marées d'équinoxe, fournirent ainsi des prés salés, excellents pour l'élevage du mouton, et c'est de là que naquit la fameuse industrie drapière qui devait apporter à la Flandre le plus clair de sa richesse.

Toujours exposés à des inondations désastreuses, les habitants se groupèrent pour construire des digues aux endroits les plus menacés, et formèrent ainsi ces vénérables associations de sécurité publique, qui s'appellent les Wateringues ; l'endiguement des Schorres (alluvions rarement inondées) constitua les Polders, agrandissement de la terre ferme, non sans compromettre la navigation, — dont les Wateringues n'avaient nul souci, — en supprimant les courants de marée.

L'Yser se jetait à cette époque dans un large estuaire, où débouchaient également plu­sieurs criques venant d'Oostduinkerke, de Furnes et des Grandes Moëres ; Lombartzyde fut un port important jusqu'au 20 juin 1116, jour où une furieuse tempête rompit les digues, causa une grande inondation qui dura plu­sieurs années et changea le cours de l'Yser, obstruant le bras qui passait à Lombartzyde, Philippe d'Alsace, voulant remédier à cette catastrophe, fonda un nouveau port : Nieuport (en flamand Nieuwpoort) .

Une autre crique s'ouvrait à l'emplacement d'Ostende (à l'ouest du Kursaal actuel), avec des ramifications vers Oudenburg, Ghistelles, Bruges et le long de la côte, derrière les dunes, ne laissant le long de la mer qu'une étroite bande de sable, qui portait le nom de Streep ; les pécheurs et les pirates ne pouvaient manquer de tirer parti de ce port naturel ; ils fondèrent un village à la pointe Est de cette langue de dunes, à l'entrée même du chenal, et l'appelèrent pour cette raison « Oostende » (Ostende) , extrémité Est ; à l'autre bout de la langue de sable, donc à l'Ouest, s'établit le village de Westende, et au milieu, celui de « Middelkerke » (l'Eglise du milieu); en avant de Mariakerke se trouvait le village de Onze Lieve Vrouw ter Streep, englouti en 1334, et dont les ruines sont encore bien connues de nos pécheurs.


PERIODE FRANQUE.


Bien souvent, le patient travail des Wateringues fut détruit par les tempêtes, et aussi par les déprédations des Vikings ou Normands, pirates scandinaves, qui débarquaient de leurs « Drakkars » le long des côtes et des rivières et ravageaient le pays.

Une invasion particulièrement grave, en 836 oblige Charlemagne à organiser une défense navale et même une expédition contre les Normands, mais plus tard, ceux-ci profitèrent de l'affaiblissement de l'Empire d'Occident sous les successeurs du grand monarque. C'est peut-être pour cela que l'on voit, à la fin du XIe siècle, des colonies flamandes et wallonnes s'établir dans le Pays de Galles, en Ecosse, aussi bien qu'en Allemagne, en Pologne, en Autriche, en Hongrie, en Espagne et au Portugal. D'autre part, de nombreux Belges aident Guillaume-le-Conquérant à gagner la bataille d'Hastings et s'établissent dans plus de 500 localités anglaises.

En 1170, une effroyable inondation vint encore bouleverser le lit de l'Escaut et creuser de nouveaux chenaux ; le Dullaert, quittant le fleuve vers Calloo, formait avec ses ramifications, dont le Braekman est un dernier reste, un groupe d'îles qui, aujourd'hui soudées, constituent la Flandre Zélandaise ; ce bras de mer se jetait enfin dans une large baie, Het Lichaam der Zee, qui se rétrécit bientôt par ensablement, et devint le Zwyn.

Une large crique rejoignait le Zwyn près de l'Ecluse, faisant de Bruges le 'plus grand port naturel de l'Europe du Nord.

Le Zwyn donnait également accès au port de Gand, par la Lieve, rivière canalisée au XIIIe siècle et raccordée à Damme, avant-port de Bruges : Gand se creusa plus tard un canal débouchant dans le Braekman, au Sas de Gand.

 

PERIODE DE LA FEODALITE ET DES COMMUNES.


Cet ensemble de criques, défendu par des bancs d'un accès extrêmement dangereux pour d'autres que les pratiques de la côte, demeura, pendant tout le Moyen Age, un véritable nid de pirates, excellents marins et « loups de mer » dans toute l'acception du terme !

Rien de plus facile que de recruter dans un tel milieu les éléments d'une flotte puissante, à condition de les discipliner ! — de là les « Jugements de Damme », série d'ordonnances terriblement sévères, qui ont formé la base du Droit Maritime.

C'est du Zwyn qu'appareilla la flotte des premiers Croisés belges en 1096, sous le commandement de Guynemer de Boulogne, et nos marins prirent une part importante dans les transports et le ravitaillement nécessaires aux Croisades ; cette oeuvre principalement belge, fut une grande cause de perfectionnement pour la construction navale, en provoquant une navigation intense, ainsi que la comparaison des productions du Nord avec celles du Sud ; c'est notamment des Croisades, que semble dater l'introduction du compas de mer en Europe.

Arnould d'Arschot, se rendant par mer à la deuxième croisade avec une flotte de 200 navires, enlève Lisbonne aux Maures en 1147; à la troisième Croisade, 12.000 Belges, Allemands, Anglais, Hollandais, Frisons et Danois, commandés par Jacques d'Avesnes, ai­dent le roi Sanche Ier à prendre la forteresse d'Alvor et la ville de Silvès (Algarves); quel ques-uns s'établissent au Portugal, et les autres vont détruire le grand port maure de Cadix.

Lors de la quatrième Croisade, les Belges prennent Constantinople et l'Empire d'Orient. Baudouin IV, Comte de Flandre et de Hai­naut, est nommé Empereur.

Robert de Jérusalem résista, sur mer, aux flottes réunies d'Angleterre et de Danemark, et en 1184, Philippe d'Alsace détruisit la piraterie, ravagea les côtes Normandes, brûla Cherbourg et combattit la Hollande.

En 1340, la flotte flamande aida la flotte anglaise d'Edouard III à écraser la flotte française à l'Ecluse.


PERIODE BOURGUIGNONNE.


En dehors de ces faits de guerre, le port de Bruges, affilié à la fameuse et puissante Ligue Hanséatique, était principalement, à cette époque, un vaste entrepôt ayant, comme arrière-pays, tout le Nord de l'Europe ; aussi était-il peuplé de nombreux étrangers, appelés Osterlings, qui venaient s'y enrichir dans le commerce : de là l'origine de la Livre « Sterling » ! C'est là que d'innombrables navires venaient de toutes les directions du monde alors connu, débarquer leurs riches cargaisons, donner à Bruges la prospérité inouïe dont témoignent encore ses splendides monuments, et en faire le port le plus important de l'Europe Septentrionale ; un grand avant-port se forma à Damme, plus près de la mer. Malheureusement, la flotte brugeoise, trop peu nombreuse, ne jouait, dans ce magnifique ensemble, qu'un rôle insuffisant. Cela explique pourquoi le port de Bruges fut si facilement déserté aux premières difficultés de l'ensablement.

Cependant le port naturel d'Ostende avait acquis une grande importance, mais la crique finit par s'ensabler, la lagune fut endiguée et les barques durent s'échouer sur l'estran, comme naguère encore celles de la Panne et de Heyst ; le village plusieurs fois inondé dut se reconstruire à l'arrière des digues, où l'on creusa un port artificiel en 1445 ; Nieuport disputait à Ostende la suprématie de la pêche, et cela avec tant de vigueur que son Magistrat décida d'armer en 1474, une caravelle de guerre pour maintenir l'ordre au large parmi les pêcheurs. Mieux que cela : les citoyens de la ville y faisaient même un service militaire obligatoire !

Notre côte comptait à cette époque 18 stations de pêcheurs, dont les bateaux s'échouaient en général sur l'estran ; Nieuport, fondé par Philippe d'Alsace, reçut de ce prince la franchise de tout impôt, source de sa prospérité maritime.

Gilles Beuckels et Jacques Kien d'Ostende: inventent vers 1400 le caquage du hareng, procédé qui imprime un essor extraordinaire à la pêche de ce poisson, en permettant de le conserver plus longtemps.

En 1445 Philippe le Bon autorise les Ostendais à se creuser un port artificiel, et leur accorde maints privilèges, d'où, jalousie de Nieuport...

Tantôt au service de tel prince, tantôt au service de tel autre, mais toujours en guerre et toujours au danger, nos marins n'avaient pas d'égaux, et détenaient vraiment la maitrise de la Mer du Nord.

Les Ducs de Bourgogne surent en profiter pour former une flotte militaire puissante, dont le haut commandement fut confié à Antoine de Bourgogne et à ses descendants, qui avaient la juridiction générale sur la mer et portaient le titre d'Amiraux des Pays-Bas ; ils jugeaient notamment la validité des prises. Pour notre malheur, le Téméraire ne laissa pas de fils et le mariage de sa fille donna les Pays-Bas à des princes autrichiens ou espagnols, pour qui nos provinces ne furent plus que des possessions lointaines, des « Pays de par delà ».

Deux grands progrès, qui se généralisent vers l'an 1400, viennent transformer l'art de la navigation, sans qu'on sache à qui ils sont dus : ce sont l'usage de la boussole, appelée « Compas » en terme de marine, et la découverte de la navigation « au plus près du vent ».

Ces deux inventions capitales furent bientôt mises à profit par les marins aventureux, car l'issue malheureuse des Croisades avait fermé la route terrestre des Grandes Indes par l'Asie Mineure, et le commerce européen en souffrait beaucoup.

Les pirates Barbaresques d'Alger avaient aussi déclaré la guerre sainte à tous les navires chrétiens, réduisant en esclavage les malheureux marins qui survivaient au combat ; quelques renégats se rachetaient en adoptant la religion de Mahomet et en faisant, eux aussi, la guerre aux navires chrétiens. En 1606, le Flamand Simon Danser accepta d'enseigner la construction des vaisseaux ronds aux Barbaresques, mais plus tard, pris de remords, il s'enfuit à Marseille, et reprit la lutte contre les pirates ; un autre Flamand, dont le nom turc était Mourad Raïs, se montra brillant capitaine corsaire, et conduisit même sa felouque jusque dans la mer du Nord.

Toutes les attaques dirigées contre Alger devaient d'ailleurs échouer jusqu'en 1830.

De là ce besoin impérieux de trouver d'autres routes vers les Indes, en dehors du pays musulman, besoin qui pousse tous les grands explorateurs du Moyen Age.

En 1446, le navigateur brugeois Josué Vanden Bergh signala les îles inhabitées des Açores, déjà découvertes par les Portugais vers 1427-1439.

Josse van Hurtere, seigneur de Moerkerke, se vit conférer en 1468, par le futur roi Don Fernando, la donation héréditaire de l'île Fayal et sa capitainerie gouvernementale. La Duchesse Isabelle de Bourgogne, Portugaise de naissance, venait précisément d'obtenir la permission de transporter dans cette ile quelques Flamands condamnés à la déportation, mais des agriculteurs de nos provinces vinrent se joindre à ces déportés ; l'île de Fayal porta bientôt le nom de Nouvelle Flandre, tandis qu'une rivière près de laquelle les colons s'étaient surtout groupés, resta baptisée de « Ribeira dos Flamingos ».

En 1482, l'infante Dona Béatrice fit donation héréditaire au même chevalier van Hurtere de l'île inhabitée de Pico avec le titre de capitaine. Des émigrés flamands s'y installèrent, puis se répandirent également dans d'autres îles. Ainsi, jusque vers la fin du XVIII° siècle, les Açores portèrent le nom d'lles Flamandes.

Aujourd'hui encore, beaucoup de marins de l'Archipel se distinguent par un type flamand très accentué, les femmes portent encore la grande cape noire de nos Flandres, et ces populations se montrent très fières de leur ascendance belge.

Les Canaries ayant été dépeuplées au XVe siècle par les conquérants espagnols, ceux-ci font appel aux Belges pour coloniser ces îles, et de nombreux agriculteurs flamands vont s'y fixer. En 1515, un riche négociant anversois, Jacob Groenenbergh, entreprend d'y développer la fabrication et le commerce du sucre de canne ; il s'établit à l'île de Palma, dont il devient le seigneur, et son nom se change en Monteverde, origine de la célèbre famille espagnole des comtes de Monteverde ; plus tard, ses propriétés passent, par alliance, à la famille des chevaliers van Dale ; l'immigration belge s'arrête vers la fin du XVIIe siècle, à cause des entraves apportées à notre navigation par le traité de Munster.

La population des Canaries a conservé certains usages flamands, mais semble avoir oublié ses origines.

D'une manière générale, la fin du XVe siècle fut l'époque des grandes découvertes, parmi lesquelles la plus importante est celle de Christophe Colomb qui, croyant arriver aux Indes par le Japon, découvrit par hasard l'Amérique Centrale, tandis que des établissements scandinaves existaient depuis plusieurs siècles déjà au Groenland et sur la côte Atlantique de l'Amérique du Nord.

Les navigateurs des Pays-Bas, après avoir vainement cherché un passage praticable au Nord de l'Amérique et de l'Asie, se rabatti­rent sur une route déjà connue, celle du Cap de Bonne Espérance, et formèrent une Compagnie des Indes Orientales, ce qui n'empêcha pas des marins belges isolés de participer aux expéditions de Christophe Colomb, Magellan et Vasco de Gama.

Cette brillante époque coïncide malheureusement, chez nous, avec l'ensablement irrémédiable du Zwyn ; les bras de mer, de plus en plus resserrés par des endiguements, entravaient la vitesse des courants de marée. le sable se déposait d'autant plus, et enfin, l'une après l'autre, chaque crique se trouvait barrée par des digues, drainée à mer basse au moyen d'éclusettes, et transformée en pâturages.

D'autre part, les eaux marines, rejetées vers l'Escaut Occidental, augmentaient notablement son étendue et sa profondeur, ouvrant un chenal de plus en plus spacieux vers Anvers.

L'endiguement des Polders eut donc pour conséquence l'ensablement désastreux et la ruine de Bruges et de Damme.


PERIODE HISPANO-AUTRICHIENNE.


Mais si Anvers supplantait Bruges, les ports côtiers ne perdaient rien de leur prospé­rité : Dunkerque, Ostende et Nieuport en­voyaient leurs barques de pêche jusqu'aux Iles Féroé, l'Islande et même Terre-Neuve ; leurs habiles marins sillonnaient toutes les mers.

C'est ainsi que Charles-Quint réglementa en 1549, les conditions de navigabilité, d'équipage et d'armement des navires trafiquant avec l'étranger jusqu'aux îles Madère et de Saint-Thomas, le Levant, l'Islande et la Scandinavie. Toutes les affaires maritimes étaient placées sous la direction d'un conseil suprême de l'amirauté qui siégeait à Bruxelles ; l'un de ces amiraux fut le fameux comte de Horne, exécuté par ordre du Duc d'Albe. L'amiral avait sous ses ordres un vice-amiral de Flandre et un vice-amiral de Zélande. Charles-Quint, à la tête de sa flotte belge, prit Tunis au pirate Barberousse.

L'intense activité maritime de cette époque, en faisant connaître les mers fréquentées, permettait aux géographes de dresser des cartes moins fantaisistes et plus précises.

Un savant belge, Gérard Kremer, de Rupelmonde, inventa le système de projection qui porte son surnom latin de Mercator, système si bien adapté à l'usage de la navigation, qu'il est encore employé aujourd'hui ; il publia sa première Carte Marine en 1569.

Nous voyons encore, vers la même époque, s'installer à Louvain, dans le rayonnement de notre grande Université, l'un des rares ateliers d'Europe consacrés à la fabrication des merveilleux astrolabes et autres instruments astronomiques, sous la direction d'Arsenius, gendre du célèbre Gemma Frisius, professeur à l'Université, qui inventa, en 1530, la méthode de détermination des longitudes par l'angle horaire, méthode encore inapplicable, faute de chronomètre.

Toute cette prospérité pacifique devait, hélas, être anéantie par les guerres désastreuses des XVI° et XVIIe siècles.

Le blocus presque ininterrompu de nos ports par les armées et les flottes hollandaises ou espagnoles, où servaient de part et d'autre, de nombreux Belges, les réduisit à une misère profonde.

Belges et Hollandais se firent une guerre sauvage et sans merci, source d'un ressentiment qui ne s'est jamais éteint ; ils déployèrent de part et d'autre tant de valeur et d'habileté nautiques, que l'Espagne fit appel à plusieurs amiraux belges pour commander ses propres forces navales. C'est ainsi que la flotte espagnole, détruite dans le Zuiderzee le 11 octobre 1573, était commandée par le vice-amiral de Flandre, Maximilien de Boussu.

D'autre part, deux Belges, Adrien de Berghes, sire de Dolhain et Ghislain de Fiennes, commandèrent les fameux « Gueux de Mer » qui comptaient parmi eux de nombreux Belges, tandis que Guillaume de La Marck, sire de Lumey, prit la Brielle et que Guillaume de Treslon prit Flessingue à l'Espagne, avec des troupes wallonnes et flamandes.

Trois cent mille Belges, fuyant les persécutions espagnoles et l'Inquisition, quittent le pays pour se fixer dans des pays protestants, et même, en dehors de ce mobile religieux, de nombreux Flamands et Wallons se distinguent dans les pays les plus lointains et dans les arts les plus divers.

Tandis que Bergyck obtient du roi d'Espagne l'autorisation de coloniser Saint-Domingue, Jessé de Forest et d'autres navigateurs flamands et wallons fondaient en Amérique une colonie encore appelée Novum Belgium au XVIIi siècle, qui devint plus tard la Nouvelle-Amsterdam, et enfin New-York !

C'est ainsi surtout que la Hollande doit ses magnifiques colonies de l'Insulinde à trois calvinistes belges : à Pierre Platevoet, dit Plancius, né en 1550 à Dranoutre, près d'Ypres, qui créa à Amsterdam le premier enseignement de la navigation au long cours, et en 1602 la puissante Compagnie des Indes ; ensuite au célèbre amiral anversois Pierre van den Broecke, qui planta le pavillon hollandais sur les côtes de Guinée, d'Arabie, en Perse et aux Indes, où il fonda Batavia ; enfin au géographe anversois Jean De Laet, qui devint en 1666 directeur de la grande Compagnie.

L'illustre navigateur Jacques Lemaire, généralement considéré comme Hollandais, naquit en réalité à Tournai vers 1550 ; il se fixa plus tard à Amsterdam et entreprit de nombreux voyages pour explorer les diverses routes des Indes; il découvrit ainsi le Détroit de Lemaire, au sud de la Terre de Feu, et de nombreuses îles dans la Mer du Sud et l'Océanie.

L'île de Madagascar fut découverte par le navigateur belge Gérard de Coninck, puis passa à la France ; son administration fut organisée plus tard par le Belge François Caron, chargé de cette mission par Colbert.

La Guerre de Quatre-Vingts Ans se termina en 1648 par le déplorable Traité de Munster, dont nous faisions tous les frais ; la Hollande implacable obtenait la fermeture définitive des ports d'Anvers, Gand et Bruges, et cette convention vraiment criminelle resta en vigueur jusqu'à la Révolution française, c'est-à-dire pendant un siècle et demi !

Cette guerre et ce long blocus furent l'origine des exploits glorieux de nos Corsaires des XVIe et XVIle siècles, qui fournirent à l'Espagne une douzaine d'amiraux.

Que dire du vice-amiral de Flandre, Michel Jacobsen, le plus célèbre de tous, surnommé le « Renard de la Mer » ; de son fils Jean Jacobsen, qui attaqua avec un seul navire la flotte hollandaise, coula le vaisseau amiral et deux autres navires, et finalement, accablé sous le nombre, se fit sauter, plutôt que de se rendre, — des lignées de capitaines Collart, Bart, Rombout, Janssens, Brunneel, Van Iseghem et tant d'autres ?

L'héroïque Ostendais Jean Vanhoren, fut le promoteur et l'un des plus grands chefs des Boucaniers ou Flibustiers, dont le nom est resté célèbre.

L'un des plus fameux parmi nos corsaires fut Erasme de Brouwere, mort à Ostende le 29 mai 1668.

Au cours de la guerre entre l'Espagne et l'Angleterre, Cromwell fit bloquer notre côte par une de ses flottes, afin d'empêcher la sortie des corsaires. Nos marins trompèrent maintes fois la vigilance des Anglais et réussirent à réaliser de riches prises.

Loin de ces agitations et de ces combats, un savant missionnaire belge, le R. P. Verbist, né à Pithem en 1623, devint le conseiller de l'Empereur Kang Hi, réforma le calendrier chinois, modernisa l'observatoire de Péking, inventa la « chambre noire » et construisit une voiture automobile et une jonque mues par une turbine à vapeur !

Notre illustre compatriote mourut à Péking en 1688, et les plus grands honneurs furent rendus à sa mémoire.

Mais revenons en Europe, où nos malheurs n'étaient pas finis ! En 1662, la France vint, à son tour, nous arracher le port flamand de Dunkerque, dont le génie de Colbert et de Vauban sut tirer un magnifique parti, tandis que notre Escaut était fermé, et Anvers frappé à mort...

Le grand ministre français Colbert n'épargna rien pour attirer à Dunkerque le com­merce maritime. Désireux d'enrôler au service du roi de France les meilleurs capitaines flamands, il faisait valoir auprès d'eux la sécurité qu'ils trouveraient sous le pavillon du Roy, autrement respecté par les Barbaresques que ceux de Bourgogne et de Hollande.

Beaucoup de nos marins passèrent ainsi au service de la France.

Ce fut le cas du grand Jean Bart, petit-fils et neveu de corsaires flamands.

 

A SUIVRE

 

 

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