BELGISCHE MARITIEME LIGA  vzw.
LIGUE MARITIME BELGE  asbl.

Koninklijke Vereniging - Société Royale

HISTORIEK  HISTORIQUE  HISTORIC

 

Le Passé maritime des Belges (partie II)

PERIODE AUTRICHIENNE.


Nos armateurs anversois, ruinés par le traité de Munster, furent longtemps à reprendre leur énergie, mais ils remarquèrent enfin qu'on avait oublié de fermer Ostende et Nieuport, qui paraissaient définitivement réduits à l'impuissance.

Encouragés par l'arrivée à Ostende, en 1714, du capitaine français chevalier de la Merveille, qui y vendit fort cher une cargaison rapportée des Indes, ils sollicitèrent et obtinrent du gouvernement autrichien l'autorisation d'armer des navires pour commercer avec ces contrées lointaines aux richesses fabuleuses, et dès 1715, un premier convoi mit à la voile.

Le succès fut magnifique ; aussi, dès l'année suivante, de nouveaux navires étaient lancés et cinglaient vers le Sud.

Ce fut une explosion de fureur chez nos bons voisins.

Le 15 novembre 1719, en pleine paix, le navire ostendais « Marquis de Prié » fut attaqué et coulé par deux frégates hollandaises, sur les côtes de l'Inde, et son équipage con­damné aux galères ; le capitaine De Winter, après d'incroyables souffrances, fut enfin rapatrié par un navire anglais dont le commandant l'avait pris en pitié. Aussitôt rentré à Ostende il reprit la mer avec un navire bien armé, rencontra l'un de ses assaillants qu'il emporta à "abordage, et rentra triomphalement au port avec sa prise... !

Les actes de piraterie commis par les vais­seaux hollandais se multiplièrent cependant, au point de rendre impossible la navigation commerciale ; la guerre semblait inévitable et il fut sérieusement question d'armer à Ostende une escadre de guerre.

L'empereur Charles VI recula devant une décision qui réclamait de l'énergie, mais la seule menace inspira des réflexions salutaires à nos concurrents trop envieux, et bientôt, à leur grande colère, une flottille de huit navires appareilla d'un seul coup ; une concession fut obtenue aux Indes, à Banki Bazar, près de Chandernagor, et placée sous les ordres d'un gouverneur belge, le général d'artillerie Cobbé, comte de Burlacq.

Charles VI établit en 1725, une Compagnie des Indes, connue sous le nom de Compagnie d'Ostende, et lui fixa un capital de 6 millions de florins, en lui accordant le monopole du commerce avec les Indes ; cette somme, considérable à l'époque, fut couverte en 24 heures.

Mais, en présence de nos succès grandissants, une formidable coalition se forma, sous le nom d'Alliance de Hanovre, entre la France, l'Angleterre, la Hollande, la Suède et le Danemark, et tandis que nos courageux marins fondaient des comptoirs belges aux Indes et jusqu'en Chine, Charles VI, préoccupé surtout d'assurer la succession impériale à sa fille, Marie-Thérèse, consentait piteusement à suspendre la Compagnie d'Ostende pour sept ans, et bientôt à la supprimer pour toujours, en 1751. Ce fut le coup de grâce de notre valeureuse marine, et un désastre terrible pour notre pays.

Encore une fois, nos courageux marins durent aller offrir leurs services à l'étranger.

Peu après la Compagnie d'Ostende, il s'était formé en 1727, une Compagnie de Nieuport, dans le but de relever la pêche, mais aussitôt la Hollande, la France et l'Angleterre nous fermaient leurs frontières, tout en allouant de fortes primes à leurs armements nationaux.

Joseph II parvint à rendre une certaine activité commerciale au port d'Ostende, en le déclarant « port franc », mais il tenta vaine­ment de rétablir la liberté de l'Escaut. A cet effet, il envoya un brick armé, le « Louis », descendre l'Escaut à partir d'Anvers, mais une escadre hollandaise faisait bonne garde, et un de ses boulets vint culbuter la marmite où cuisait la soupe de l'équipage impérial le « Louis » n'insista pas, et cet épisode burlesque est connu sous le nom de « Guerre de la Marmite » !

Sous le même règne, une Compagnie Asiatique, dite de Fiume et de Trieste, mais mon­tée par des Belges, tenta de reprendre la succession de la Compagnie d'Ostende, et par­vint à installer un point d'appui dans l'ile Tristan da Cunha, qu'elle dénomma « Ile de Brabant ». Mais elle fit faillite, à cause de nombreux naufrages.

Pendant que le malheur s'acharnait ainsi sur nos provinces, par la faute de gouvernements faibles ou indifférents, la Hollande, la France et l'Angleterre se taillaient de vastes empires coloniaux, grâce à leur puissance maritime, et les conservaient en proportion directe de celle-ci ; c'est ainsi que la France en perdit une partie lorsqu'elle crut devoir faire des économies sur sa marine, au lieu d'en faire sur le parasitisme de cour qui la conduisait à l'abîme.

 

PERIODE FRANCO-HOLLANDAISE.


Mais, revenons à nos ports, où l'herbe croissait sur les quais déserts.

Il fallut la Révolution française pour mettre à néant le traité de Munster ; seulement les guerres continuelles, les levées de marins et les réquisitions n'étaient pas faites pour favoriser le commerce d'outre-océan. Napoléon Ier voulut, en 1801, ressusciter Anvers, avec le projet d'en faire une grande base navale contre l'Angleterre ; il fit creuser le premier bas­sin éclusé (bassin Bonaparte) et aussi rouvrir la Bourse du Commerce, mais, les desseins des conquérants sont fragiles. Waterloo mit un terme définitif à cette carrière étonnante, et nous gratifia d'une réunion boiteuse avec nos éternels concurrents, les Hollandais ; au lieu d'aplanir les différends, cette véritable domination ne fit que les aviver, et quinze ans de ce régime humiliant firent déborder la coupe.


PERIODE D'INDÉPENDANCE.


Notre Marine Royale.


Notre Révolution de 1830 vint « arracher l'Orange de l'arbre de la Liberté », et l'année suivante, notre timide Régent se vit obligé d'improviser une petite marine militaire, composée de deux brigantins et de quatre goélettes canonnières ; ces « navires » étaient montés par une compagnie de mariniers cantonnés à Burght et rattachés au « Bataillon de l'Es­caut », recruté parmi les riverains du fleuve.

Cette flottille s'augmenta plus tard de petits navires de mer, achetés d'occasion, la goélette « Louise-Marie », le brick « Duc de Brabant » (notre plus grosse unité) et un aviso-cutter d'instruction, trop souvent employés aux fins les plus incohérentes.

Plusieurs navires de commerce reçurent en outre un armement et un équipage militaire, afin de diminuer les frais.

Notre minuscule armée navale, malgré le dédain et l'hostilité qui l'entouraient, rendit cependant de grands services au pays, en allant montrer au loin son pavillon, encore inconnu, en soutenant ses tentatives coloniales de l'époque, à Santo-Thomas de Guatemala (1842) et à Rio-Nunez, sur la côte de Guinée (1848 ).; c'est à cette dernière occasion que le « Louise-Marie » et l'« Emma », trois-mâts armé, prirent en 1849, une part brillante à un combat de trois jours, livré aux indigènes de Debocca, en liaison avec deux corvettes françaises, dans le but de châtier les attaques répétées contre les factoreries françaises et belges.

Notre marine « militaire » fut même chargée, un beau jour, d'assurer un service trans­atlantique (!!) au moyen de l'unique vapeur au nom bien belge, le « British Queen », mais cette tentative échoua, naturellement.

Quelques-uns de nos officiers poursuivirent aussi de savantes études sur l'hydrographie de nos côtes et de l'Escaut, les courants de marées, etc..., choses dont l'importance n'apparaît guère aux profanes ; là, du moins, on les laissait dans leur rôle — par exception !

Dès 1849, découragés par d'incessantes vexations, huit de nos officiers répondirent à l'appel du Gouvernement Fédéral Allemand et se chargèrent d'organiser sa marine militaire... ! L'un d'eux, nommé Pougin, devint chef d'état-major de l'amiral allemand Bromme.

Leur enseignement ne fut pas perdu, hélas, pour nos ennemis d'hier. Puisse la leçon n'être pas perdue pour nous.
Notre vaillante flottille fut supprimée en 1862, toujours par souci d'économie, et pourtant, elle coûtait si peu ! Les tristes résultats de cette lourde sottise furent principalement l'insuffisance numérique et l'esprit d'indiscipline des marins belges, l'absence regrettable d'un corps d'officiers d'élite, la perte de la tradition navale, et en un mot, l'incroyable désorganisation maritime qui sévit chez nous jusqu'à une époque récente.

Le personnel de carrière de notre Marine Royale, devenu civil, fut affecté au service de la ligne Ostende-Douvres et à celui du garde-pêche ; le trois-mâts « Mathilde » fut loué à cet effet en 1867, puis remplacé par le trois-mâts goëlette « Ville d'Ostende », en 1886, par l'aviso à vapeur « Ville d'Anvers », et enfin, après la grande guerre, par l'ex-convoyeur anglais « Zinnia », dûment désarmé, bien entendu !

Le même personnel assure également le service de remorquage côtier, monopolisé par l'Etat en 1882, le pilotage et... le passage d'eau d'Anvers à la Tête de Flandre!... Hélas !

 

Notre flotte commerciale et notre esprit d'entreprise.


Le traité fameux de 1839, qui rétablit la paix avec la Hollande, nous donnait le droit de passage dans l'Escaut, en temps de paix, moyennant des taxes de navigation qui nuisaient beaucoup au trafic d'Anvers ; ces péages furent rachetés par le traité du 12 mai 1863, négocié par le baron Lambermont, contre une indemnité de 17.141.640 florins. Cette fois, du moins, on avait vu large !

Ce fut là une excellente opération, la dite indemnité ayant été répartie habilement entre divers pays étrangers dont les navires utilisaient l'Escaut.

De la suppression des péages date la magnifique prospérité du port d'Anvers, qui alla sans cesse grandissant, malgré bien des faiblesses, mais, chose curieuse, on voyait en même temps péricliter nos armements de commerce qui s'étaient remarquablement développés depuis 1830.

L'on nous en voudrait de ne pas citer ici deux grands inventeurs belges, qui ont exercé une immense influence sur le progrès de la construction navale : nous voulons parler d'Etienne Lenoir, né à Mussy-la-Ville en 1822, qui inventa en 1859 le moteur à explosion, ancêtre des formidables moteurs à combustion interne qui actionnent les plus récents navires, et de Zénobe Gramme, cet humble , menuisier de chez nous, né à Jehay-Bodegnée en 1826, l'immortel auteur de la dynamo, origine de toute l'industrie électrique !

Si l'on se place au point de vue géographique, on peut dire que le XIXe siècle a vu compléter la découverte du monde, sauf que toutes les tentatives faites pour atteindre les pôles ont échoué jusqu'en 1912 ; et là encore la Belgique a été au premier rang !

En 1897-1898 eut lieu la célèbre expédition antarctique du « Belgica », grâce à l'initiative et à la ténacité du lieutenant de marine belge. Adrien de Gerlache de Gomery, qui en prit le commandement et choisit pour second le lieutenant de vaisseau Georges Lecointe, officier d'artillerie belge, lequel avait fait un stage dans la marine française.

Ce fut la première expédition vraiment scientifique, dont les méthodes ont été imitées depuis par toutes les entreprises similaires : ce fut la première aussi qui osa risquer un hivernage dans la banquise australe : malgré ses moyens misérables, elle eut pour résultat la découverte du « détroit de Gerlache » et des terres qui l'environnent, ainsi que d'innombrables sondages et observations scientifiques de toutes espèces, qui confirmèrent l'existence probable d'un grand continent antarctique ; elle coûta malheureusement la vie au lieutenant d'artillerie Danco et à un matelot norvégien ; la pénurie de marins belges avait en effet imposé à cette expédition « nationale », un personnel partiellement étranger !

C'est dans l'enthousiasme provoqué par la première expédition du « Belgica » que M. Bech, professeur à l'Ecole de navigation d'Anvers, fonda, avec MM. Nyssens, Vander Cruyssen et Vander Taelen la Ligue Maritime Belge, et dès lors, notre opinion publique commença à sortir de son indifférence absolue pour la marine, cédant peu à peu aux exhortations du roi Léopold II et de quelques hommes clairvoyants.

Dans le but de faciliter l'apprentissage de leur métier aux futurs officiers de la marine marchande, l'Association Maritime Belge fit construire, en 1903, le navire école « Comte de Smet-de-Nayer », trois-mâts carré de 3.050 tonnes, qui fut lancé et achevé en Ecosse l'année suivante, non sans accidents suspects.

Il fit un voyage heureux à Valparaiso, mais au second départ, il sombra sous voiles dans le Golfe de Gascogne, en avril 1906, au milieu de circonstances dramatiques : 18 cadets, plusieurs officiers et marins périrent dans le naufrage.

Malgré cette lugubre catastrophe, un autre trois-mâts acheté aussitôt, prit le nom de son devancier et servit de stationnaire, d'abord dans l'Escaut, puis à Ostende ; c'est un beau quatre-mâts, barque de 2.776 tonnes, « L'Avenir », qui devint l'école naviguante.

Cette institution, qui s'adresse aux jeunes gens de la bourgeoisie, vise aussi à compléter l'instruction générale de ses élèves, en même temps qu'elle les initie à la théorie et à la pratique de la navigation, sans les exposer à la promiscuité rebutante des postes d'équipages.

Le quatre-mâts « L'Avenir » a été récemment vendu à l'étranger, et remplacé par le trois-mâts goélette « Mercator », à moteur auxiliaire.

Les facilités offertes aux élèves-officiers de marine ont eu pour effet d'améliorer leur niveau intellectuel, au point qu'aujourd'hui nos officiers sont à la hauteur de leurs meilleurs collègues des autres marines marchandes.

Quant aux matelots et maîtres, ils restaient trop peu nombreux, mais la même institution a entamé leur formation systématique ; leur sort est aussi devenu meilleur, grâce à une inspection très sérieuse des navires belges.

Chose grave, la pêche maritime souffre d'un abandon progressif de la part de nos populations côtières, malgré l'établissement de l'école des mousses, aujourd'hui disparue, des diverses écoles de pêche et de l'Œuvre Royale de l'Ibis, et cela principalement par défaut d'organisation de l'apprentissage.

Anvers est resté notre grand port national et l'un des premiers du monde, malgré la concurrence acharnée de Rotterdam, tandis que nos autres ports se spécialisent avec succès dans des trafics particuliers.

Malheureusement le tonnage étranger a conservé une immense suprématie dans le trafic de nos ports, et le public belge n'a pas encore compris quelle source de richesse il abandonne à ses concurrents en leur payant chaque année quelque 250 millions de francs (avant 1914) en frais de transport maritimes pour leur permettre encore de démarquer ses produits et de lui enlever ses débouchés !

 

GUERRE 1914-1918.


Pendant la guerre de 1914-1918, notre magnifique littoral dut être abandonné à l'ennemi, qui se chargea de nous montrer comment on peut en faire une base navale presque inaccessible, hérissée de batteries formidables, et dotée d'abris bétonnés pour les sous-marins.

Zeebrugge et Ostende comptèrent parmi les principaux points d'appui de ces terribles engins, qui ont mis les Alliés à deux doigts de la défaite finale.

Dès le début de la guerre, les autorités militaires avaient reconnu, trop tard comme toujours, la nécessité d'une défense fluviale et côtière, mais la marche précipitée de nos désastres ne permit pas d'y donner une suite effective en temps utile, et le capitaine de vaisseau de Borchgrave d'Alténa, chargé de ce service, ne put que constituer des « annexes flottantes de l'armée », d'abord à Ostende et Zeebrugge, puis à Calais, tandis que nos marins de commerce étaient dispersés dans tous les régiments de l'armée de terre !

De leur côté, les paquebots de l'Etat furent employés comme transports ou mis à la disposition de l'Amirauté britannique comme navires-hôpitaux.

Un Dépôt des Equipages fut enfin créé en 1917 Gravelines, pour regrouper nos combattants marins, et les utiliser sur mer, comme il eût fallu le faire dès le début ; le même dépôt se vit confier ensuite les transports par eaux intérieures ; le petit remorqueur de Blankenberghe, ainsi que l'ancien aviso-garde-pêche « Ville d'Anvers », pourvus d'un armement disparate et insuffisant, furent aussi mis à la disposition du même dépôt.

Ce piteux résultat, dû à des tiraillements administratifs, fut heureusement corrigé par les services de notre flotte de commerce et de pêche, dont le labeur obscur et plein de dangers a coûté la vie à 300 de nos marins, un tiers de leur nombre total, en même temps que nous perdions plus de la moitié de notre tonnage d'avant-guerre, soit 23 steamers, 7 chalutiers à vapeur et 126 chaloupes de pêche à voile. C'est grâce aux marins belges seule­ment, que le pays a pu être ravitaillé pendant la guerre par la Commission for Relief in Belgium, et c'est donc notre seule flotte commerciale qui a sauvé de la famine la population restée au pays !

Il est nécessaire de répéter cela quelque­fois...

Mais où nos marins ont joué un rôle extra­ordinaire, c'est au Congo. Inutile de dire qu'au début de la guerre, nous n'y possédions, en fait de marine militaire, absolument rien... tout comme aujourd'hui d'ailleurs !

Au contraire, les Allemands disposaient de plusieurs bateaux armés montés par des équipages issus de la Marine Impériale, et qui inquiétèrent fortement nos frontières de l'Est, car ils étaient maîtres des lacs Tanganyka et Kivu ; la nécessité d'une flottille militaire s'imposait donc avec évidence ; elle fut constituée péniblement au moyen d'embarcations de fortune, ce qui ne l'empêcha pas de faire mer­veille, grâce aux brillantes qualités de leurs officiers, marins de l'Etat et du commerce, et volontaires de guerre, qui montrèrent un zèle et une vaillance au-dessus de tout éloge.

Notre pacifique vapeur « Alexandre Delcommune » ayant été coulé par surprise dès le début, nos marins reçurent un pauvre bac et une baleinière munis de moteurs d'aviation (! ) et armés de vieux petits canons ; ces dérisoi­res « navires de guerre », aussitôt mis en état, n'en coulèrent pas moins le vapeur allemand « von Wissman » et la canonnière « Kigani »!

A ce moment (fin 1915) arriva au Tanganyka l'expédition anglaise du capitaine de frégate Spicer Simon, avec deux petites mais excellentes canonnières, « Mimi » et « Toutou » ; mais des froissements se produisirent et les Anglais se retirèrent au bout du lac.

Plus tard, nos forces furent accrues d'une unité rapide mais trop légère, " Netta " armée d'une petite pièce de marine moderne, le « Delcommune » fut aussi renfloué et rebaptisé « Vengeur », tandis que des hydravions venaient se joindre à la flottille ; de leur côté, les Anglais renflouèrent le « Kigani », qui devint « Fifi »,

Le Tanganyka fut rapidement nettoyé ; la dernière construction allemande, « Wami », se fit sauter après une action foudroyante de notre vaillante « Netta ».

Vers le milieu de 1916, deux nouvelles canonnières belges arrivèrent sur les lieux ; elles s'appelaient « Tanganyka » et « Kigali », et on construisit le beau vapeur « Baron Dhanis » ; c'était le Triomphe !

Sur le lac Kivu, la canonnière « Paul Renkin », aidée d'un autre canot à moteur et de quelques chaloupes, vint rapidement à bout de la résistance ennemie qui disposait également d'une canonnière.

Il est tout à fait regrettable que cette valeureuse flottille militaire ait été désarmée dès la fin des hostilités ; c'est toujours, chez nous, le même système d'imprévoyance, qui laisse tout à l'improvisation du moment critique.

Ce juste hommage rendu à notre flottille, retournons en Europe ; un certain nombre de navires, la plupart en mauvais état, et dont une partie seulement fut réparée, fut récupé­ré sur l'ennemi ; le Dépôt des Equipages devint le « Détachement des Torpilleurs et Marins » et fut encore soumis à bien des tergiversations et des avanies.

C'est ainsi que, ayant été transférée à Bruges par l'intérieur du pays, pour avoir accès à la mer, malgré l'opposition hollandaise, notre flottille se groupa autour du vieux croiseur-cuirassé « d'Entrecasteaux », prêté par la France.

L'armement des navires fut complété, de même que l'instruction du personnel, si bien que nous disposions finalement d'une escadrille de 5 grands torpilleurs de 263 tonnes filant 33 nœuds, d'une deuxième escadrille de 5 petits torpilleurs de 150 tonnes, d'une vitesse de 25 nœuds, et d'une flottille de vedettes, remorqueurs. etc... le tout assez convenablement armé.

Quoique privée des contre-torpilleurs et des sous-marins qui auraient dû nous être attribués, notre petite marine militaire commençait à faire figure, et pouvait remplir sa tâche essentielle qui consistait à préparer le personnel marin à sa mission en temps de guerre ; l'expérience l'a démontré, en effet, une escadre cuirassée n'est nullement nécessaire, et de petites vedettes porte-torpilles à grande vitesse sont une arme terrible aux mains d'équipages animés d'un esprit élevé.

Mais des influences puissantes agissaient dans l'ombre, et quand tout fut prêt, malgré l'avis d'une commission de compétences, qui avait décidé qu'il fallait garder les éléments de marine militaire dont nous disposions. Le gouvernement décréta brusquement la suppression du Corps des Torpilleurs et Marins, comme ses devanciers de 1862 avaient supprimé notre Marine Royale !

Cette malencontreuse décision met en grand danger le recrutement de nos marins de com­merce, et compromet notre sécurité en temps de guerre, en laissant nos navires à la merci d'équipages dépourvus de toute préparation ; elle pourrait bien aussi sonner le glas de notre marine de pêche, dont l'existence est menacée par le manque de bras ; car il est établi qu'un pécheur qui prend goût à la vie de l'intérieur, est perdu pour la pêche.

Voilà encore une prétendue économie qui pourrait nous coûter cher.

Nous ne voulons pas, cependant, perdre tout espoir de voir rétablir notre ancienne Marine Royale sur de nouvelles bases, afin que ces dangers si graves nous soient épargnés ; une Ecole de Marine s'est en effet établie à Ostende, pour donner à nos marins l'éducation qui leur manque, et l'on peut donc espérer quelque amélioration de ce côté, avec la collaboration de groupements zélés, comme la Ligue Maritime Belge.


CONCLUSION :


LA BELGIQUE A UNE TRADITION NAVALE A RENOUER.


Pour conclure cette histoire trop sommaire, nous devons constater que, jusqu'ici, la Belgique n'a pas compris les exhortations de ses Rois, et néglige toujours ses intérêts maritimes, si intimement liés cependant à ses intérêts commerciaux et à son existence elle-même ; que l'avenir de notre grand port d'Anvers, dont dépend notre pain de chaque jour, n'est pas assuré, que sa porte est gardée par la Hollande, qui depuis quatre siècles nous fait le plus de mal possible ; que la maîtrise de notre littoral lui-même est revendiquée par cette voisine peu accommodante, qui ne vise à rien moins qu'à nous réduire de nouveau à la situation misérable de nos ancêtres opprimés par le traité de Munster ; que par notre faute à tous, le tonnage belge n'occupe qu'un rang dérisoire dans le trafic de nos ports, et qu'il en résulte un danger très grave pour les dé­bouchés de notre industrie, et par conséquent pour l'existence même de notre nation, qui ne peut vivre que par le commerce d'outremer.

Il importe que nous prenions conscience de nos intérêts maritimes, intérêts vitaux pour toute notre population, flamande comme wallonne, ouvrière comme bourgeoise.

Souvenons-nous de notre glorieuse tradition navale, qui n'a été enseignée nulle part jusqu'ici, et tâchons de nous montrer dignes de nos ancêtres héroïques, de nos marins indomptables, dont les pires catastrophes n'ont pu abattre le courage, et qui toujours, après les dévastations et les guerres, ont reconstruit une Belgique plus prospère et plus belle !


1939 Le passé maritime des Belges  éditions de la Ligue Maritime Belge

 

 

 

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